25Juillet

Asservissement Assisté par Ordinateur

Posté par christophe le 2013-07-25
dans De l'avenir numérique

2013

Google Glass est un dispositif qui permet de profiter d'une réalité augmentée en un minimum d'interactions. Numérama nous informe que l'industrie du porno a encore une fois été la première à exploiter l'outil ; il nous fait profiter d'une bande annonce plutôt... ludique (?)

Au-delà du prétexte pornographique, la vidéo nous confronte immédiatement à la problématique complexe d'un tel objet.

Interagir avec l'environnement a toujours fasciné. Rappelons-nous de l'apparition de la télécommande et de l'intérêt pulsionnel, fantasmatique, qu'elle a immédiatement générée. Il ne fallait pas longtemps pour comprendre le côté pratique du changement de chaîne à distance, et ce malgré les 3 malheureuses chaînes de l'époque. Il ne fallait pas longtemps non plus pour s'interroger sur les conséquences auxquelles il est facile de penser : les enfants ne bougent déjà pas devant la télé, ils ne se lèveront même plus... Mais il a fallu beaucoup plus de temps (et chez certains l'ampoule ne s'est pas encore allumée...) pour se poser la question du changement total de schéma mental qui, avec l'accélération de l'arrivée de nouvelles chaînes et l'utilité soudainement indiscutable de la télécommande, allaient accélérer le temps, les rapports sociaux, faire naître des générations « zapping » et des programmes allant dans ce sens. Avec la télécommande, la télé agrandissait aussi son champ d'action spatial et temporel ; elle est aujourd'hui, notamment par l'effet de la télécommande, allumée partout et tout le temps car il est facile de zapper, facile d'augmenter, baisser ou couper le son. La télécommande nous propose de faux choix : le choix d'un bruit de fond pendant que nous faisons autre chose, le choix de la couper quand et où nous le voulons, le choix de privilégier tout de suite une discussion avec un proche sans couper la télé.

Toutes les technologies d'interaction ont et seront analysables sur ce modèle du pharmakon : à la fois le remède et le poison. Des usages intéressants, de nouveaux services offerts, des possibilités plus nombreuses ; mais des conséquences fortes voire graves sur nous et nos rapports aux autres.

Google Glass fait appel au même fantasme de pouvoir faire mieux, plus, plus vite, tout de suite. Ces lunettes s'adressent à nos pulsions. Elles se réfèrent d'une part à notre imaginaire, nourri de science fiction essentiellement cinématographique, principalement esthétique ; car il y a une esthétique de l'objet bien avant d'y avoir un besoin. Parler à ses lunettes, à son logiciel, à Google en fait, c'est parler à une IA, un robot, qui serait à la fois à notre service et un ange gardien. Il s'agit d'une idée de la modernité, du futur, qui s'est adressée à notre imaginaire dans ce qu'il a de plus primaire, de moins réfléchi, et à nos pulsions. Pour ma génération, enfants de la télé des années 80, nous nous adressons, et recevons des informations de Schyrka et nous prenons un temps pour le Terminator. Quel pied !

Ces lunettes nous indiquent tout, nous donnent des définitions si nous le demandons mais nous proposent également des « analyses » provenant des bases de données du web. Toute la connaissance partagée qu'il nous est impossible de synthétiser, Google le fait pour nous. Le poids des algorithmes de classement des données et du capitalisme linguistique prend une toute autre importance dès lors qu'un objet « décide » de nous proposer « sa » vision. Je parle, il propose. Je vois un environnement, il le regarde, l'analyse et m'en propose une vision sous la forme de désignation, de reconnaissance d'objet ou faciale, d'identification.

Mais aussi bien entendu sous la forme d'une valeur marchande. Combien coûte cette voiture, ce livre ? Où les acheter ? Le monde devient clairement ce qu'il est déjà : commercial. La vision de Google Glass est d'abord une transformation des échanges, des regards, des rencontres en une possibilité d'un acte de marchandisation. C'est une vision du monde mercantile inarrêtable si l'objet dépasse, et il le fera, les freins culturels.

Car nous serons nombreux à succomber. Nous le testerons, nous aimerons. Nous l'achèterons car nous serons capables de résister et de nous limiter. Et puis le téléphone s'y greffera, la télé bien sûr ! Le GPS aussi, tellement pratique en voiture. Comment faisions-nous avant ?

Mais quel sera le logiciel embarqué ? Peu de monde à se poser la question, pourtant essentielle. Que feront les industriels des données recueillies ? Peu de monde, l'Etat et ses lois y veilleront bien. Serons-nous pistés, surveillés, géotracés en permanence ? Peu de monde.

Big Brother, nous le voulons, nous l'achèterons, nous refuserons de l'enlever. Car comme tout outil technique il sera une prothèse, un prolongement de nous.

Moi, ça me fait peur. Car ce que nous allons y perdre, c'est le libre arbitre, le sens des choses. C'est l'individu, perdu dans la masse.

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