2Nov.

De qui se moque-t-on ?

Posté par christophe le 2012-11-2
dans De l'avenir numérique

2012
Ne nous laissons pas avoir par les pseudo-encouragements qui abondent un peu partout actuellement : de nombreux articles font état de l’incroyable bonne nouvelle, des enfants africains apprennent à lire, seuls, à l’aide d’un ordinateur ! Les sites que je cite souvent ici se laissent eux-mêmes avoir et n’opposent aucune critique : Rue89 dans un article intitulé “Apprendre à lire sans prof ? Les enfants éthiopiens y arrivent”, et Numérama dans son article “Des enfants illétrés s’éduquent seuls avec une tablette”.

Revenons un peu en arrière... La société OLPC (One Laptop Per Child) n’en est pas à son coup d’essai. Ce dernier avait déjà eu lieu en 2008-2009. A cette époque, elle avait produit un ordinateur portable, le XO, capable de fonctionner dans les endroits désolés (comprenez “sans électricité”). Par recharge solaire, et doté d’une bonne autonomie, il était conçu pour ne valoir que 100$. Le modèle économique était particulier : un financement par les états demandeurs et un démarrage de la production à partir d’un certain chiffre d’affaire à l’échelle mondiale.
La volonté éducative elle-même était cachée derrière ce modèle, d’autant plus que, malgré le souhait de diffuser des solutions de logiciels libres, un conflit sous-jacent confrontait la société à Microsoft qui a depuis longtemps compris l’importance d’être les premiers, voire les seuls, sur un territoire.

Aujourd’hui, la société revient avec une tablette et une communication sans doute très contrôlée. En effet, pas une once de pédagogie appliquée n’accompagne les citations reprises en coeur tel quel.

Il y a pourtant beaucoup à dire.

Je ne vais pas revenir longtemps ici, je l’ai assez dit dans des articles précédents, sur la façon dont l’informatique ne remplace pas l’enseignant. Il est parfaitement illusoire et très dangereux de le croire. En un mot, faire croire abusément qu’on peut apprendre en dehors du contexte d’une relation humaine relève de la plus absurde supercherie. De plus, il est évident que pour apprendre efficacement il faut se doter de moyens métacognitifs (la conscience de sa propre façon d’apprendre) ; une relation enseignant / apprenant permet au premier de réfléchir au contexte d’apprentissage qui amènera le second à s’en doter.
 
Ces articles confondent également éducation et instruction. Sans même contester le peu d’information donnée sur ce qui est réellement appris (déchiffrer n’est pas lire) il faut tout de même appeler un chat un chat. Si un ordinateur permet éventuellement, en toute autonomie, à quelqu’un d’apprendre des rudiments de lecture, nous devons alors parler d’apprentissage et non pas d’instruction. On instruit quelqu’un, on ne s’instruit pas. Mais il n’est pas non plus possible de parler là d’éducation ! On ne s’élève pas tout seul non plus, et au-delà de cette importante nuance l’éducation surpasse l’instruction par le fait de la contextualisation sociale de l’éducation, quand l’instruction peut se cantonner à une simple transmission de savoir.

Le dernier problème que cache cette information est de taille : celui de l’importation contournée de produits culturels imposant ainsi une culture extérieure, sans filtre, sans enseignant capable d’aider l’apprenant à prendre du recul. Comment croire que des contenus pédagogiques puissent être conçus hors culture ? A commencer par la langue elle-même ! Est-ce du logiciel en anglais ou en éthiopiens ? Les sujets traités sont-ils pensés selon la culture locale ou une culture américaine ?

N’oublions pas non plus que de telles anêries ont un but : petit à petit, nous faire croire qu’on pourra se passer d’un enseignement, donc des enseignants, donc de systèmes éducatifs non soumis à l’économie de marché. Observez ce qui arrive, avec cet oeil-là... ça vient à grands pas.

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