12Mars

L'enfant au risque du virtuel - partie 4

Posté par christophe le 2010-03-12
dans De l'avenir numérique

Etiquettes :
jeux vidéos
2010
Quatrième volet des articles parlant du livre de Serge Tisseron (1), toujours au sujet des jeux vidéos.

Il y est distingué quatre profils de joueurs qui me paraissent très pertinents, et dont la qualité première est qu'ils semblent assez faciles à déceler. Etant joueur moi même, et ayant rencontré beaucoup de joueurs de tous âges et de toutes cultures, de toutes sensibilités, ces profils me parlent et il m'est d'avis que leur aide peut être précieuse.

Le joueur de type 1 recherche l'excitation (Voir la partir 1). Il se portera plus volontiers vers les jeux considérés les plus violents (les FPS, dits en vue à la première personne ou en vue subjective).
Le joueur de type 2 aime manipuler les objets. Les jeux de gestion ou de stratégie auront sa préférence.
Le joueur de type 3 cherche à être le meilleur. Je ne suis pas certain qu'on puisse ressortir un type de jeu pour ce joueur-là ; pour les avoir croisés souvent, ces joueurs se rencontrent au travers de tous types de jeu, cherchent souvent les "combines" pour contourner les règles établies, et me semblent incompatibles avec ceux qui apprécient une éthique dans le jeu et le sens des règles. 
Enfin, le joueur de type 4 aime la compagnie et la recherche au travers du jeu.

Au regard de ces types de joueur, la dépendance qu'un enfant ou un adolescent manifestera pour le jeu vidéo aura une source différente qu'il sera plus facile de comprendre.

Serge Tisseron ne définit pas la dépendance par le seul temps passé sur le jeu : 
« Pour beaucoup de parents ou de pédagogues, c'est le temps passé devant l'ordinateur qui est son critère principal [à la dépendance]. Or, deux autres éléments sont importants : tout d'abord, le temps que passe un enfant à réfléchir à son jeu est aussi important que celui qu'il passe à jouer. Un second élément important consiste dans le temps global passé par l'enfant devant un écran. »

La dépendance est donc définie par l'ensemble des processus que le joueur met en place autour du jeu vidéo et par le temps passé devant un écran (tous écrans confondus). L'écran semble devenir un refuge.

Les joueurs de type 1, par la recherche de l'excitation et les sensations qu'ils retirent du jeu vidéo, sont les plus menacés par la dépendance.
Les joueurs de type 4 sont les moins menacés. Pour eux, le sens du jeu est clair et s'inscrit dans une recherche de socialisation. Par rapport aux écrits de Serge Tisseron, j'y mettrais volontiers un bémol : des joueurs de MMORPG, les jeux massivement multi-joueurs, ont l'apparence de jeux répondant à ce profil de joueurs. Pour autant, il est tout à fait possible d'y jouer, même très longuement, sans qu'il y ait de valeur ajoutée dans la rencontre, voire qu'il n'y ait pas rencontre. En outre, il est possible que la seule socialisation du joueur n'existe qu'à l'intérieur du jeu, rendant le caractère du temps passé primordial dans le degré de dépendance.
Les joueurs de type 2 et 3 seront menacés par la dépendance en fonction de leur recherche de sensations, d'excitations.

Je serais d'avis de nuancer ces menaces en précisant que certains types mixtes co-existent dans le même joueur.

Serge Tisseron préconise, en terme de prévention, d'éviter que les enfants ne deviennent des joueurs de type 1 et de leur permettre de devenir de joueurs de type 4.
J'y fait une remarque : le type 1 est le plus tentant, et interdire l'accès aux jeux qui lui sont propices ne sera pas une solution (cette solution est la plus couramment employée par les parents)  ; l'accès à ces jeux se fera tôt ou tard si l'enfant le désire (chez un copain par exemple). Tisseron y donne cepandant la solution :  « Les parents ont un autre rôle plus important à jouer : il s'agit de permettre à l'enfant de découvrir le plaisir qu'il y a à nommer ses émotions et à les faire partager, bref  'à éprouver ensemble'. » La recherche de sens, l'expression du ressenti, le goût du partage des émotions sont les clés pour les parents.

(1) L'enfant au risque du virtuel, Serge Tisseron, Sylvain Missonnier, Michael Stora, Dunod, Paris 2006

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