26Juillet

L'essentiel Non Assisté par Ordinateur

Posté par christophe le 2013-07-26
dans De l'avenir numérique

2013

Hier, je disais tout le bien que je pensais des Google Glass et j'insistai particulièrement sur l'interférence définitivement plus du tout dissimulée de valeurs artificielles, de masse, marchandes, dans tous les choix d'un individu.

A terme l'asservissement à un tel objet aboutira au rêve ultime du capitalisme : transformer l'individu, un et indivisible, doté à la base d'une pensée propre, capable de développé une opinion et un sens critique, en somme libre car capable de dire « non » en une audience, une masse, sans opinion, sans pensée complexe, incapable de se penser « multitude » et de dire « non ». Transformer l'opinion en audience et l'individu en consommateur.

Je pose la question de l'intérêt de l'innovation. Est-elle synonyme de progrès ? Certes non. Nous n'avons pas encore réussi, en tant que société, à penser l'idée de progrès pour l'humanité et son environnement. Le capitalisme nous a emmené dans une voie sans issue au bout de laquelle il y a une catastrophe parce qu'il nous interdit de penser complexe, de penser « demain » autrement qu'en terme de croissance. Il faut être objecteur de croissance et faire demi-tour, il n'y a pas d'autre alternative.

Je pose la question de l'intérêt de l'innovation. Est-ce l'essentiel ? Certes non. L'essentiel est ce qui nous rapproche de notre nature. L'innovation ne peut être innovation si elle entre en contradiction avec notre nature, faute de quoi elle est destruction. Là encore la question est complexe. Prenons l'écriture : elle n'est pas apparue immédiatement dans l'Histoire de l'humanité. Pourtant, notre cerveau a trouvé un moyen pour nous permettre de lire quand bien même il n'était pas fait pour ça. Cette gymnastique a profondément modifié notre culture sans changer notre nature ; Socrate et Platon se posaient les mêmes questions à propose de l'écriture, en opposant à cette innovation son caractère de pharmakon. Posons-nous la question de savoir ce qui se produira lorsqu'un enfant s'habituera très jeune aux Google Glass. Alors même que l'enfant ne sera pas encore « formé », qu'il n'aura pas acquis l'autonomie, le sens critique lui permettant de juger la technologie et ses usages, il se verra bombardé d'informations ; une vision simplifié du monde, de nouveaux codes, qu'on pourra sans doute appeler « post-capitalistes » ou « néo-capitalistes ». La réflexion actuelle des chercheurs dans le domaine des trans-littératies est de proposer un apprentissage des outils techniques dans l'ordre de leur apparition : le dessin, la lecture, le numérique, etc. Pour eux, c'est la condition nécessaire, non prouvée scientifiquement et sur une forte intuition partagée, afin que l'enfant évolue normalement dans le respect de sa nature. Comment l'enfant apprend-il ? La question est vaste mais je voudrai m'arrêter particulièrement sur un point fondamental : notre nature fait que nous apprenons avec nos sens. Tous nos sens. Nous avons besoin de toucher, de manipuler, de nous confronter au réel. Etre envahi d'images virtuelles sans les acquis de base, c'est subir un lavage de cerveau. Ce qui nous attend, c'est ni plus ni moins qu'une perfusion permanente d'imageries mentales aux valeurs artificielles, marchandes, s'adressant à nos uniques pulsions.

Je pose donc la question de la culture. La culture est ce que l'Homme ajoute à la nature et, par extension, elle sous-entend la notion de son partage. Il n'y a pas, dans une culture, d'attaque faite à la nature. Nature et culture coexistent et la culture est un « outil » pour aider l'Homme à vivre dans ce que la nature a posé comme base. Le problème de l'industrie culturelle est qu'elle n'est pas culture. Elle est anti-culture, elle est a-culturelle. La nature-même des industries culturelles est de s'adresser à l'audience quand l'artiste cherche à s'adresser à l'opinion, aux sens. Les industries culturelles ont besoin de vendre, de faire du chiffre, et elles le font en matraquant, en s'imposant partout et en court-circuitant, en avalant, en détruisant toute concurrence - artistes, art, école, culture … Les industries culturelles remplacent toutes les cultures par une anti-culture globale avilissante.

Je pose bien la question de l'essentiel. L'essentiel qui ne doit pas être assisté. Ni par ordinateur, ni par des industries. Il est urgent de poser les limites de cet essentiel, de s'opposer aux industries, surtout si elles se disent culturelles. De dire « non », d'accepter de devenir objecteurs de croissance et de l'assumer, chaque jour. Peu à peu, jeter télé et superflu, mettre à distance mobiles et écrans et fixer cette distance, refuser toute amputation et se questionner sur les prothèses.

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