10Déc.

Quand tout n'est que pirouette

Posté par christophe le 2012-12-10
dans De l'avenir numérique

2012

Ce matin, Vincent Peillon, Ministre de l'Education, était reçu par Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Je dois avouer que, dans le défilement incessant de Ministres depuis, quoi ! 20 ans, je n'avais pas encore entendu une telle abstraction dans les propos conjuguée à autant de discours politicien non abouti et autant de légéretés prises avec le sujet.

Plusieurs choses dans son discours m'ont inquiété, à chaque fois de par cette incapacité à parler des sujets dans leur complexité. La politique, et particulièrement autour du sujet de l'éducation, est devenue vide de sens, et nous allons tous payer cela. 
Mais voici le moment que je préfère détester d'entre tous dans cette émission. Jean-Jacques Bourdin interroge le Ministre sur le numérique à l'école. Attention, grand moment !

JJB : "Enseignement numérique ? Formation des enfants, quand et comment ?"
VP : "Ca, c'est un proget, euh... considérable ! C'est la rentrée de l'école dans le XXIè siècle. Il s'agit à la fois de raccorder l'école rurale, ça n'est pas fait, mettre un certain nombre de... alors, les tablettes, e cetera... et cela ça suppose de travailler avec les collectivités locales, assurer la maintenance... créer une industrie..."
JJB : "collectivités locales qui seront responsables de la maintenance ?"
VP : "absolument. Dans la loi... qui le demandaient, qui sont capables de le faire... euh, créer une industrie française : j'ai rencontré l'ensemble des acteurs du numérique éducatif, pour qu'on ait des logiciels éducatifs à mettre euh... dedans... Former les professeurs aux usages euh... du numérique. Et puis être capable de faire de grands Services, et en particulier un Service Public de l'aide au devoir. (...) C'est un moyen de changer les pédagogies, c'est un moyen de faire rentrer la France dans la modernité..."
JJB : " bientôt tous les élèves auront devant eux, euh j'sais pas... une tablette numérique ou un ordinateur ?"
VP : "Oui, bien entendu, ça se fait déjà dans d'autres pays et faudrait pas que la France, qui a pris du retard dans cette affaire-là, doive..."
JJB : "c'est à dire quand ? Avant la fin du quinquennat ?"
VP : "On peut se fixer des objectifs très positifs."
JJB : "avant la fin du quinquennat, chaque élève aura un ordinateur ou une tablette devant lui ?"
VP : "en tout cas je le souhaite. Euh, maintenant pour raccorder..."
JJB : " au collège !?"
VP : "pour raccorder... il faut que je mobilise des fonds européens, mobiliser.. Bon, pour l'instant, euh, c'est l'objectif."

Au delà des phrases non terminées et qui, ainsi, n'ont pas de sens, je m'effraie de constater une fois de plus le manque de connaissance de ceux qui nous représentent, conseillés, disons-le tant c'est grave, par une administration non plus complétente. Ce discours est idiot car il ne dit jamais pourquoi et n'éffleure qu'un hypothétique comment. Pourquoi le numérique à l'école n'est-il que matériel et logiciel, c'est à dire moyens à déployer ? Je me suis déjà appliqué à expliquer ce que je pense du traitement de ce sujet, et M. le Ministre aurait bien fait de s'intéresser à la problématique, non pas d'un point de vue comparatif aux autres pays (et là encore le travail n'est pas fait, car beaucoup en reviennent...), non pas d'un point de vue structuration de son offre (on imagine facilement que, dans une tradition bien française et bien capitaliste, beaucoup ont d'énormes avantages à tirer d'une vision aussi primaire), mais d'un point de vue global.

Des gens sérieux réfléchissent, écrivent, travaillent la question : 
StieglerLe DeuffBerryMérieu, etc. Pendant ce temps, ceux qui en ont la charge jouent aux cartes, et les distribuent légèrement, inconsciemment, dangereusement. C'est navrant quand tout n'est que pirouette.

 

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