23Sept.

Comment et pourquoi enseigner le numérique ? 1

Posté par christophe le 2011-09-23
dans De l'éducation aux médias

2011

Partie 1 : il y a tant de choses à en dire, et nous le percevons si peu …

L’ère numérique

Depuis notre entrée dans l’ère numérique, deux problématiques se croisent pour constituer un enjeu essentiel : la première est celle de la juste perception de ce qu’est le numérique et de ses implications et incidences. La seconde est celle de son enseignement.

Le numérique, que l’on pourrait définir globalement comme l’ensemble des technologies informatiques au travers desquelles l’information est “réduite” à des suites de 0 et de 1, s’est implanté dans tous les domaines, tous les lieux, toutes les structures, à tel point qu’il est incohérent de déconnecter ses problématiques de leur contexte : le numérique s’installant partout, en tout lieu, modifiant les usages et les façons de penser de tous, son questionnement et celui de son enseignement peuvent-ils s’en défaire ? Certes non. Bien au contraire, ils doivent naître et exister au sein des foyers, des entreprises, des collectivités, des associations, des Institutions ; dans toutes les générations, dans toutes les classes sociales. Ainsi, si des Institutions ont un rôle à y jouer c’est nécessairement en respectant cela, et loin de principes décontextualisés, simplifiés, réducteurs voire totalisants. Le sujet doit être recentré sur l’individu dans un contexte de société.

Ne nous trompons pas, le numérique est une Révolution dans l’Histoire de l’Humanité. L’information, la communication entre les individus et les groupes, les supports d’écriture et les médias, le rapport de l’individu aux échelles de temps et d’espaces sont profondément modifiés. Les usages et les comportements, mais aussi les conceptions du Monde ne sont plus les mêmes depuis l’apparition du numérique. Pour illustrer cela, si vous êtes un utilisateur d’internet posez-vous la question suivante : rechercher une information à tout moment et en tout lieu via internet a-t-il changé votre rapport à l’information ? Si vous êtes un utilisateur du mobile, la suivante : le simple fait de contacter quelqu’un a-t-il changé depuis sa démocratisation ? A l’évidence la réponse aux deux questions sera oui, et dans une telle proportion que les retours en arrière deviendraient eux-mêmes un non-sens pour qui les oserait.

C’est sans doute ce caractère fusionnel du numérique avec tout ce qui était qui doit nous forcer à nous interroger.

 

Nier son existence : un problème français
 
Tout éducateur doit prendre conscience de la transversalité d’interrogations multiples que draine le sujet. Hélas, ce dernier est vaste et complexe, et l’exemple français n’est pas le bon et ne servira pas de modèle. Il est cependant intéressant de l’observer afin d’éviter la reproduction de schémas improductifs.
On a un vrai problème en France, c'est le déni de l'existence du sujet1 a déclaré Gérard Berry 2. On ne peut qu’abonder dans ce sens si on s’appuie sur la longue politique, sans doute infructueuse, menée par les Ministères successifs depuis les années 80 : depuis la période “MO5-TO7” jusqu’aux TBI (tableaux numériques) en passant par les tristement incontournables B2i et C2i, il n’y a jamais eu de véritable questionnement sur les enjeux, sur ce qu’il faudrait enseigner et sur les méthodes à employer. Ce sont à chaque fois des projets de déploiements massifs d’outils, de matériels, de systèmes mal pensés. Ce ne sont surtout jamais des dynamiques s’appuyant sur la formation des personnes censées les accompagner, ni sur une participation de l’ensemble des compétences présentes sur le territoire : jamais aucune association, aucun parent n’ont été conviés à réfléchir aux enjeux, objectifs, moyens. Ce ne sont jamais des prises en compte du sujet dans sa globalité. On ne s’étonnera donc pas que des matériels aient été achetés, meublant des salles (informatiques en leur temps, multimédias par la suite), et laissés au bon plaisir de personnels enseignants non formés, rarement ouverts au sujet qui nous intéresse ici. Des technologies résumées à leur seule présence matérielle, mourant sous des couches de poussière avant d’avoir été exploitées. L’existence même de systèmes d’enseignements hors de l’école ou de l’université, s’appuyant par exemple sur des réseaux, n’a même jamais effleuré l’esprit des penseurs de nos Institutions.

Le sujet “qu’enseigner ?” n’a pas été compris. On peut, par exemple, se poser la question de la pertinence d’enseigner aujourd’hui la bureautique, alors que d’une part les jeunes générations s’y attellent elles-mêmes très vite dès qu’elles en ressentent le besoin et que d’autre part la somme des compétences en bureautique qu’exigent emplois et usages reste somme toute assez limitée. Demeurent pourtant des problématiques de société qui ne sont pas prises en compte (la sauvegarde des informations, l’impact social des usages numériques, etc.), et une méconnaissance générale de la nature du numérique. Pourtant, comprendre ce que signifie “numériser une information” est d’une importance capitale pour comprendre les enjeux.

Au-delà du “qu’enseigner”, les programmes nationaux visant à accompagner l’émergence du numérique se sont toujours confrontés à cette conception maladive de l’école qui consiste à faire d’un problème une matière. Or, faire de l’informatique une matière c’est l’enfermer dans ce qu’elle n’est pas seulement et ne pas prendre conscience du caractère révolutionnaire du numérique. C’est aussi, dans le système français actuel, faire des choix en terme de contenus et non pas de compétences à atteindre. En l'occurrence de mauvais choix car ils ont toujours été inscrits dans des besoins ressentis pour le présent et non pas pour le futur (la bureautique par exemple).

C’est surtout oublier que l’éducation et l’instruction ont pour vocation première de faire de tout individu un citoyen, dans la logique d’une passation de valeurs entre les générations d’une même société humaine. Ainsi, une Révolution ne doit pas faire table rase du passé, et enseigner le numérique devrait plus être un accompagnement dans l’acquisition des valeurs au travers de nouveaux usages, de nouvelles pratiques, de nouvelles visions du monde. Inscrire l’enseignement du numérique dans des problématiques techniques liées au présent, c’est oublier ces valeurs du passé essentielles pour se projeter dans l’avenir.

Ne nous étonnons donc pas que la classe politique actuelle n’ait rien compris du changement en cours et ne comprenne pas mieux ce qu’ils estiment être des dérives de la part des jeunes générations. La société n’a juste rien compris de cette Révolution, et ne l’a pas accompagné de valeurs.

 

1Gérard Berry, lors de la conférence de l'Ecole de Paris de Management à l’ESCP Europe le 7/06/2011, intitulée « Attention, les digital natives arrivent ! »

2La page wikipedia de Gérad Berry : http://fr.wikipedia.org/wiki/Gérard_Berry 

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