22Août

L'ombre et les mots d'une République

Posté par christophe le 2012-08-22
dans De l'éducation aux médias

2012
Ce matin, dans l'émission Les grandes gueules (RMC, première partie d'émission), un concensus improbable a eu lieu qui nécessite une pause. Il y était question des mesures prises et / ou non prises par le Gouvernement ; peu importe lesquelles, là n'est pas la question. Il s'agissait de discuter sur les promesses électorales et sur le fait qu'elles allaient être ou pas tenues.

Une remarque de l'un des intervenants de l'émission mis soudainement fin à tout débat sensé (qui était déjà extrêmement décousu jusque là), sans que quiconque n'y trouve à redire : cette remarque relevait la nécessité pour un candidat à une élection présidentielle de mentir puisque le but était d'être élu, en soulevant le fait qu'il nétait pas incohérent de ne pas mettre en oeuvre, aujourd'hui, ce qu'on avait promis hier.  Extrait (11'44) :

- intervenant A : (...) j'estime qu'on est plutôt dans du réalisme ; il [le Premier Ministre] dit les choses clairement aux français : ne vous attendez pas à une grande baisse, on ne pourra pas jouer, on ne pourra pas faire autrement...
- intervenant B : mais bien sûr !
- intervenant A : ... donc c'est plutôt... c'est plutôt clair. C'est plutôt réaliste, c'est plutôt franc.
- intervenant B : d'accord ! ce qui veut dire qu'une promesse ne sera pas tenue ?!
- intervenant A : voilà !
- intervenant B : très bien ! Moi, ça me va très bien ! Parce que je pense que cette promesse ... (est coupé)
- intervenant A : (le coupant) ce serait la première fois ? (rire)
- intervenant B : non ! Mais je m'en réjouis. Parce que je... j'ai... j'ai dit à plusieurs reprises que je... les promesses qui ont été faites pendant cette campagne ont été... heu, absolument irréalistes. Et j'espère qu'on ne les tiendra pas... (...)

Généralement peu enclin à glorifier les émissions polémiques, éditoriales, de débat politique et social, je tends à croire que cette émission, si elle a tous les défauts du genre (faire discuter des personnes qui ne maîtrisent jamais entièrement les sujets, et qui forment un groupe éphémère ne le maîtrisant non plus jamais ; les faire discuter dans un temps imparti sans autre vérification des dires que l'intervention prétendument souhaitée pertinente et participative des auditeurs), cette émission n'est, de loin, pas la pire. Elle conserve le mérite, énorme et salvateur, d'avoir encore un discours non lissé, interrogateur, se ratant logiquement, comme toute discussion que nous avons nous-mêmes, sur des sujets complexes que les représentants ne connaissent pas suffisamment.

Et c'est dans cette émission que s'est mis en scène l'insoutenable abandon de la loyauté en politique. En dix secondes, ce qui se voulait être une analyse politique s'est transformée en une acceptation du jeu politique moderne, c'est à dire la mise en avant et l'acceptation de la mécanique politicienne au détriment du débat politique, du débat d'opinion.
Il est fort à parier, et inquiétant, que lorsque les médias populaires prétendument les plus critiques n'ont pas conscience de la bascule opérée, la mécanique politicienne a gagné. Elle a endormi l'audience et par-là même tué l'opinion. 

Dans un tel système, il n'y a plus l'once d'une place pour la démocratie, car il est permis aux politiques de mentir et les médias en sont le porte-parole. Alors, s'ensuit sans doute des temps difficiles, des temps où le peuple finira par comprendre, même sans savoir l'exprimer clairement, qu'il y a quelque chose qui cloche ; où il finira par se soulever, d'abord par mimétisme des sociétés plus touchées que nous. Mais les petits ruisseaux n'en finiront pas de dévaler cette pente dans laquelle la mécanique politique nous fait glisser ; ils emporteront tout. 

Gageons que ce jour-là resteront debout des gens capables de raison et de mots. Des mots ayant un sens, une finalité ; des mots pour construire et non pour meubler, lisser et fuir la réalité. Des mots pour construire une vérité que tous pourrons accepter et revendiquer. Des mots que nous croyions être ceux de la République.

Commentaires

Poster une réponse



(Votre email ne sera pas affiché publiquement.)


Captcha Code

Click the image to see another captcha.