28Juillet

Démocratie : no signal

Posté par christophe le 2013-07-28
dans De la culture télévisuelle

2013

Je suis retombé sur une déclaration de Nicolas Sarkozy forte de sens : « un homme politique qui ne regarde pas la télévision ne peut pas connaître les français » avait-il lâché. Au-delà du caractère fortement démagogique qui se cache derrière l'intention première de cette phrase et qui nous permet de douter que son auteur et son orateur l'aient réellement pensée, il y a principalement deux choses à en tirer. Tout d'abord une analyse de ce que le discours politique fait de la télévision ; ensuite une analyse de ce que le discours politique fait de la démocratie.

Le discours est très symptomatique du rapport du politique à la télévision et au peuple. La télévision n'étant pas faite par le peuple, comment le politique pourrait-il le connaître en son travers ? D'une part, la télévision est faite par des professionnels des médias qui, au travers de programmes, et de plus en plus de montages et de moins en moins de directs, étalent des images, une vision du monde, de la société et du peuple. Une vision souvent unique, montée, fabriquée, coupée, grossie, faussée, irréelle, mêlant faits partiellement décrits et analyses incomplètes voire à sens unique. D'autre part, si une partie du peuple trouve en la télévision une norme ou un reflet de lui-même, c'est forcément par un effet de loupe et de contagion qu'un effet miroir pourra exister. La télévision n'est pas le reflet du peuple mais seulement le résultat d'une volonté de focus sur un caractère caricatural d'une partie du peuple faussant à son tour l'image que le peuple téléphage a du peuple. Par un effet d'aller-retour de ce procédé, la télévision ne devient que caricature auto-alimentée. Il n'est donc pas possible de connaître le peuple en regardant la télévision, pas plus qu'il n'est possible de le connaître en observant le web et facebook, pas plus non plus en faisant le tour des marchés un dimanche matin.

Ce qui nous amène à la deuxième analyse puisque, en démocratie, la problématique du politique ne devrait pas être celle de la connaissance du peuple. Une démocratie est un système d'organisation de la société dans lequel le peuple dispose du pouvoir souverain. Souverain, c'est à dire suprême, au-dessus de. Or, nous sommes en démocratie représentative, c'est-à-dire l'exact contraire de la démocratie : en démocratie représentative, le politique se voit confié le pouvoir par le peuple via des élections. Le peuple se décharge donc du principe de souveraineté et sort donc d'un système démocratique. Si, comme il aime bien le dire, ou plutôt le faire croire, le politique se considère être en démocratie, il ne devrait pas connaître le peuple pour décider à sa place des lois qui méritent discussion, de leur écriture et des modalités de leur application, mais il devrait entendre, voire faire participer, le peuple à ces trois étapes clés de la vie politique.

Or, nous observons bien qu'à chaque élection, les campagnes politiques se résument à élaborer un programme basé sur la pseudo-représentativité que constituent les partis politiques, représentants en fait de rien sinon d'eux-mêmes ou de leurs chefs, et de séduire un peuple pour prendre le pouvoir souverain et éventuellement appliquer ce programme.

La télévision est ainsi le terrain de jeu idéal pour le politique en démocratie représentative, puisqu'elle est elle-même construite autour de programmes (c'est-à-dire de choix non démocratique ; on ne demande pas au peuple ce qu'il veut que la télévision soit, on impose) et de la séduction, que nous appelons alors la recherche de l'audience, du plus grand nombre.

« Un homme politique qui ne regarde pas la télévision ne peut pas connaître les français » est une phrase qui ne s'adresse elle-même qu'à une audience car sa signification profonde ne peut pas être comprise par le téléphage soumis qui se croit en démocratie. Dire cela me transformera en théoricien du complot, je le sais, m'enlevant automatiquement la possibilité de préciser le caractère complexe et systémique de la télévision et de la démocratie participative. Trouver un créneau dans ce système médiatique et ainsi toucher l'attention du peuple est plus que compromis car il faut maintenant faire court et faire simple. A la télé comme en politique, comme sur Facebook ou Twitter...

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